Edouard Louis

  • « Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici. »
    En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.
    L'interprétation de Philippe Calvario, d'une impeccable justesse, rend dramatiquement présent le douloureux cheminement, entre violences et humiliations, d'un jeune garçon confronté à sa « différence ».
    © et (P) Audiolib, 2014
    © Éditions Albin Michel, 2014
    © Illustration : Narcisse

  • Qui a tué mon père

    Edouard Louis

    « Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. » Édouard Louis.
    Ce texte bref est d’une extrême intensité, due à la violence des sentiments exprimés, plus aimants que haineux. La haine, si haine il y a, est adressée aux « dominants », aux responsables politiques et économiques de la souffrance individuelle d’un homme qui n’a pas sa place dans le monde et qui veut aimer sans le pouvoir : le père de l’auteur.
    Revenant sur son enfance, mais partant des derniers mois où il a revu son père physiquement détruit, et pourtant fier que son fils ait publié des livres et soit devenu célèbre, l’auteur se remémore des épisodes clés de son enfance et de son adolescence, tentant de comprendre le couple de ses parents et l’amour distordu qu’ils lui ont porté, effrayés par la personnalité hors du commun de leur fils, dont ils admirent l’intelligence, mais regrettent la singularité, qui en même temps les flatte.
    Qui a tué mon père sera mis en scène par Stanislas Nordey en mars 2019 au Théâtre de la Colline puis au Théâtre National de Strasbourg.
    © 2018, Édouard Louis. Tous droits réservés.
    (C) et (P) Audiolib, 2019
    Durée : 1h42

  • J'ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec
    des amis, vers quatre heures du matin. Il m'a abordé dans la rue et j'ai fini par
    lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m'a raconté l'histoire de son
    enfance et celle de l'arrivée en France de son père, qui avait fui l'Algérie. Nous
    avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du
    matin, il a sorti un revolver et il a dit qu'il allait me tuer. Il m'a insulté, étranglé,
    violé. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.
    Plus tard, je me suis confié à ma soeur. Je l'ai entendue raconter à sa manière ces événements.
    En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père,
    en réfléchissant à l'émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du
    traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s'est passé cette nuit-là.
    Et par là, esquisser une histoire de la violence.
    E.L.
    © et (P) Audiolib, 2016
    © 2016, Édouard Louis - All rights reserved
    Durée : 5h14

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